Mardi 26 août 2008 2 26 /08 /Août /2008 00:00

Ouvre grand tes yeux, je m'apprête à te révéler une incroyable vérité, juste après les six ronds inutiles.

Oo8°¤

Tu es une fille, et tu es devant ton écran de pc.

Paf.

Ah, que j'aime voir ta tête désemparée par l'émotion que je viens de causer dans ton petit coeur fragile !
J'apprécie encore plus de sentir que tu te tritures les méninges (j'idolâtre ce mot. Ca me fait penser à ménage. Un truc de filles) pour essayer de comprendre comment j'ai bien pu réussir à savoir tout ça.

Oui, c'est exact, je sais énormément de choses intéressantes sur toi, comme où tu es en ce moment ou où tu vas te rendre (aux toilettes d'ici peu si tu tiens à le savoir). Rien à voir avec le colonel Moutarde, celui-là même qui ment au nez et à la barbe de Mamzelle Blanche. Rien à voir non plus avec un quelconque don -défiscalisé ou non- et encore moins avec un daim. J'ai tout simplement fait installer une puce GPS sur toi, à ton insu. Ce gros truc noir que t'as en plein milieu du front depuis quelques temps et que tu pensais (quelle sensation étrange n'est-ce pas ?) être un réjouissant bindi, signe inconscient de ta volonté non affirmée de voyager à travers l'Inde... et bien ce n'en est pas un. C'est en fait mon James Bond personnel, agent secret au service de mon grâcieux moi-même, qui me relie en permanence à toi et me fait suivre en temps réel tes moindres faits et gestes.

A présent, même quand dans cinq minutes tu te rendras au pipiroom, tu sauras que tu es espionnée. Et la simple idée de t'imaginer penser à l'éventuelle possibilité que je puisse jeter mon oeil félin sur toi à ce moment me fait sourir pour le reste de la journée. Il m'en faut peu.

Encore que, ton pipiroom, hein, ça ne m'intéresse pas plus que ça. Surtout que je tiens à respecter ce sanctuaire de la féminité. Sous aucun prétexte je n'oserais y mettre le bout de l'ongle d'un de mes orteils : à nous, classe supérieure des personnes possédant un chromosome Y, on nous apprend dès notre plus jeune âge à craindre deux choses, tabous parmi les tabous :
- Point tu ne te tromperas de bonhomme sur la porte (le triangle est une jupe et non un kilt) pour suivre discrètement la demoiselle qui te précède.
- Jamais tu ne t'abaisseras à admettre ton infériorité face à ces êtres étranges aux cheveux plus longs que les tiens.
Je ne t'apprends probablement rien, mais notre éducation toute entière est basée sur ces deux principes fondateurs. Des savants moldaves de renom en ont même tiré des prolongements tout à fait enthousiasmants sur la consommation de liquide houblonné durant un match de football, théories menant naturellement au premier homme qui a défleuré la Lune. Quoi qu'il en soit, je compte sur toi pour inculquer ces saines valeurs à tes (futurs) petits toi.

Si jamais tu ne crois pas à mon explication du James Bond embarqué sur toi, libre à toi de considérer qu'effectivement je possède un réel don. Essaie alors simplement de ne pas l'ébruiter, un tel pouvoir est à même de provoquer la jalousie des inconscients n'ayant plus goût en l'imprédictible à venir. "Vie sans surprises n'est que ruine de l'âme" disait quelqu'un qui devait y avoir réfléchi.
Et si aucune explication ne te convient, tant pis pour toi : je te laisse dans l'ignorance et je retourne dans l'épais nuage de fumée que j'ai acheté pour me donner un air mystérieux...


Demain, je t'annoncerai une nouvelle encore plus impressionnante : tu as pris de l'âge.

(Re) Paf !

Impossible de contredire le temps qui court, c'est comme ça va falloir t'y faire ! Paraîtrait même que ça ne va pas aller en s'arrangeant.
Imagine toi toute vieille.
Disons dans deux ans pour être concret.
Tu te lèves un beau matin, tu te regardes dans un miroir et (re (re)) paf ! des rides plein la figure, des téraoctets de cheveux blancs, la peau toute flasque, (je te censure les détails croustillants)...
Excuse-moi je viens de vomir.
Ainsi, tu es seras vieille, tu ne pourras plus faire toutes ces bonnes choses dont tu profites actuellement, tu critiqueras les jeunes qui vont aux férias, tu dénigreras éhontément les 2Be3, tu sauras cuisiner d'autres plats que ta fameuse spécialité le "patoselsansbeur". Pire, tu auras même des gosses qui te ressembleront un peu mais pas trop et à qui tu auras -je te le rappelle au cas où- bien fait comprendre que pour s'élever à hauteur de la gent féminine, il est fondamental d'entrer aux toilettes en kilt écossais.
Non, tu n'auras pas de filles, que des gentils garçons. C'est comme le temps qui court.

Tsss crois-moi ou pas, je le sais c'est tout, aussi bien que je sais que tu es toujours devant ton écran de pc.
Par Monsieur le Chat - Publié dans : Cat's eyes
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Lundi 18 août 2008 1 18 /08 /Août /2008 19:03

Mon histoire débute avec le couinement d'un écureuil qui se fait écraser la queue par un promeneur imprudent à la pilosité abondante.


L'écureuil est un bel animal, arrogant, plein de panache. Jamais quelqu'un ne s'était risqué à commettre un crime aussi grave. Pour comprendre la colère de l'écureuil, il convient de savoir qu'écraser la queue d'un écureuil, cela revient à teindre en bruns les cheveux blonds d'une vraie blonde, à interdire la pause café au boulot, à faire voler sur plus de deux mètres un avion en papier : ça ne doit pas, ça ne peut pas se produire, jamais. De rage, il lisse au mieux les poils de sa queue meurtrie, puis rentre gaillardement dans son trou douillet, là-haut dans ce chêne imposant. L'écureuil ourdit sa vengeance.

Le temps aujourd'hui est au beau fixe, pas un nuage ne vient perturber ce pot de peinture bleue que le peintre de la météo a déversé sur la ville. Le soleil commence à chauffer sérieusement les ouvriers de ce chantier. D'ici, on pourrait facilement confondre ces gens avec des abeilles en plein activité, toutes occupées qu'elles sont à construire une nouvelle ruche confortable pour leur reine vieillissante. Leur reine, manifestement, ils ne l'ont jamais vu. Ni lui. Et après tout, cela lui est bien égal. Tout le monde ici le respecte, tout le monde ici l'apprécie, on l'appelle "chef". Il est fier de laisser une trace dans ce monde, il est fier de vivre la vie dont il avait rêvé.

Un peu plus loin, à l'orée du bois, une fillette vient d'arriver dans ce lieu qu'elle affectionne tant. Un gros rocher domine le ruisseau qui semble naître de nulle part et disparaître ensuite entre les arbres. Son paradis à elle. Dès qu'elle en ressent le besoin, elle vient ici se reposer, seule, isolée, à l'écart de tous les problèmes qui lui empoisonnent la vie. Elle reste là à contempler la beauté et la simplicité de la nature, elle oublie ses contrariétés, elle renaît.


Au fond du trou, l'écureuil retrouve la réserve de noisettes qu'il a patiemment accumulé en prévision des rudes hivers de la région. Quand il était petit, son grand-père lui racontait souvent comment un jeune humain nommé David combattit le géant Goliath. La légende s'était propagé on ne sait comment jusqu'à l'arbre préféré de sa famille. Il avait déjà élaboré son plan pour rendre au criminel qui lui avait écrasé la queue la monnaie de sa pièce. Un tapis roulant à base de noisettes pour faire glisser et chuter l'homme en bas de la falaise avoisinante, voilà qui lui semblait fort approprié.

Dans sa grue, l'ouvrier décroche son téléphone. Son amante. Elle lui annonce qu'elle est décidée à vivre avec lui et à quitter son mari. Enfin ! Il a tellement attendu ce moment ! Il ne lui reste plus qu'à se préparer à annoncer la mauvaise nouvelle à son chef. Après tout, ce n'est pas tous les jours que sa femme le quitte pour un de ces ouvriers.

Debout sur son rocher, la fillette écarte les bras, comme pour profiter au maximum de cette sensation indescriptible de l'air qui vient caresser sa peau. Le sourire aux lèvres, elle ferme les yeux.


Les noisettes sont bien positionnées, plus qu'une et le chemin qui mènera cet humain imprudent à sa perte sera achevé. Justement, le voici qui arrive. Trépignant d'impatience, l'écureuil glisse sur une noisette et se fracasse le crâne contre un caillou.

Tiens, en bas, le chef lui fait de grands signes. Serait-il déjà au courant ? Il prend son portable pour appeler sa nouvelle future compagne, et au passage actionne la manette sur sa droite. La barre d'acier qu'il devait amener en haut de la construction retrouve sa liberté jusqu'alors entravée par les filins de la grue. Elle finit par tomber et s'écrase dans un fracas étourdissant. Finalement, il n'aura pas à annoncer lui-même la nouvelle.

Le vent s'est arrêté de souffler. Elle n'entend plus le chant des oiseaux qui se sont endormis dans les bois. Il est temps, elle fait un premier pas en avant, puis un second. Le vide sous ses pieds, elle tombe.


Arrivé près de la falaise pour pisser un coup, Monsieur le Chat qui termine ainsi sa promenade quotidienne aperçoit à ses pieds un écureuil au crâne défoncé, allongé sur un nid de noisettes. Parfait, il paraît que l'écureuil aux noisettes est un mets au goût incomparable. Ce soir, il va se régaler.
Par Monsieur le Chat - Publié dans : La 8ème vie de M. le Chat
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